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mercredi 16 septembre 2026

Monologue de la Reine dans Ruy Blas de Victor Hugo (acte II, scène 2)



La Reine, seule.

…………….À ses dévotions ? Dis donc à sa pensée !
Où la fuir maintenant ? Seule ! Ils m’ont tous laissée.
Pauvre esprit sans flambeau dans un chemin obscur !

Rêvant
Oh ! Cette main sanglante empreinte sur le mur !
Il s’est donc blessé ? Dieu ! — mais aussi c’est sa faute.
Pourquoi vouloir franchir la muraille si haute ?
Pour m’apporter les fleurs qu’on me refuse ici,
Pour cela, pour si peu, s’aventurer ainsi !
C’est aux pointes de fer qu’il s’est blessé sans doute.
Un morceau de dentelle y pendait. Une goutte
De ce sang répandu pour moi vaut tous mes pleurs.

S’enfonçant dans sa rêverie.
Chaque fois qu’à ce banc je vais chercher les fleurs,
Je promets à mon Dieu, dont l’appui me délaisse,
De n’y plus retourner. J’y retourne sans cesse.

— Mais lui ! Voilà trois jours qu’il n’est pas revenu.
— Blessé ! — qui que tu sois, ô jeune homme inconnu,

Toi qui, me voyant seule et loin de ce qui m’aime,
Sans me rien demander, sans rien espérer même,
Viens à moi, sans compter les périls où tu cours ;
Toi qui verses ton sang, toi qui risques tes jours
Pour donner une fleur à la reine d’Espagne ;
Qui que tu sois, ami dont l’ombre m’accompagne,
Puisque mon cœur subit une inflexible loi,
Sois aimé par ta mère et sois béni par moi !
Vivement et portant la main à son cœur.

— Oh ! Sa lettre me brûle !

Retombant dans sa rêverie.
………………………………Et l’autre ! L’implacable
Don Salluste ! Le sort me protège et m’accable.
En même temps qu’un ange, un spectre affreux me suit ;
Et, sans les voir, je sens s’agiter dans ma nuit,
Pour m’amener peut-être à quelque instant suprême,
Un homme qui me hait près d’un homme qui m’aime.
L’un me sauvera-t-il de l’autre ? Je ne sais.
Hélas ! Mon destin flotte à deux vents opposés.
Que c’est faible, une reine, et que c’est peu de chose !

Prions.
Elle s’agenouille devant la madone.
………………— Secourez— moi, madame ! Car je n’ose
Élever mon regard jusqu’à vous !

Elle s’interrompt.
…………………………………..— ô mon dieu !
La dentelle, la fleur, la lettre, c’est du feu !
Elle met la main dans sa poitrine et en arrache une lettre froissée,
un bouquet desséché de petites fleurs bleues et un morceau de dentelle taché de sang qu’elle jette sur la table ;

puis elle retombe à genoux.
Vierge, astre de la mer ! Vierge, espoir du martyre !
Aidez-moi !

—s’ interrompant.
…………………Cette lettre !
Se tournant à demi vers la table.
………………………………….Elle est là qui m’attire.

S’agenouillant de nouveau.
Je ne veux plus la lire ! — ô reine de douceur !
Vous qu’à tout affligé Jésus donne pour sœur !
Venez, je vous appelle ! 

—Elle se lève, fait quelques pas vers la table, puis s’arrête,
puis enfin se précipite sur la lettre, comme cédant à une attraction irrésistible.
………………………….Oui, je vais la relire
Une dernière fois ! Après, je la déchire !

Avec un sourire triste.
Hélas ! Depuis un mois je dis toujours cela.
Elle déplie la lettre résolument et lit.
« Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là
« Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
« Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ;
« Qui pour vous donnera son âme, s’il le faut ;
« Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. »

Elle pose la lettre sur la table.
Quand l’âme a soif, il faut qu’elle se désaltère,
Fût-ce dans du poison !

Elle remet la lettre et la dentelle dans sa poitrine.
………………………………….Je n’ai rien sur la Terre.
Mais enfin il faut bien que j’aime quelqu’un, moi !
Oh ! S’il avait voulu, j’aurais aimé le roi.
Mais il me laisse ainsi, — seule, — d’amour privée.

La grande porte s’ouvre à deux battants.
Entre un huissier de chambre en grand costume.

L’Huissier, à haute voix.
Une lettre du roi !

La Reine, comme réveillée en sursaut, avec un cri de joie.
Du roi ! Je suis sauvée !

Sarah Bernhard
1844-1923

Sarah Bernhardt, née Henriette Rosine Bernard, le 22 octobre 1844 à Paris et morte le 26 mars 1923 à Paris.

Est une comédienne française très réputée et une grande tragédienne. Elle est la première actrice à avoir fait des tournées sur les 5 continents.

Elle a multiplié les talents artistiques : elle dessine ses tenues, participe à la création de mises en scène, écrit des pièces, essais et romans, sculpte et peint.

Jeune fille, elle a appris le piano et le dessin selon la volonté de sa mère. Elle réalise ses premières œuvres peintes et sculptées dans les années 1860 (Les Champs-Élysées en hiver, Buste de femme) et suit ensuite les enseignements des sculpteurs Mathieu-Meusnier (1824-1896) et Jules Franceschi (1825-1893) dans les années 1870. En peinture, domaine où elle se distingue moins, elle suit les cours d’Alfred Stevens (1823-1906), qui réalise lui-même au moins cinq portraits d’elle, dont un tondo la présentant en train de peindre.

D’abord formée au Conservatoire, à Paris, elle entre une première fois à la Comédie-Française en 1863, et la quitte tout aussi rapidement pour avoir giflé une sociétaire. Qu'importe.

Elle va en Belgique et en revient enceinte du prince Henri Joseph de Ligne ; cela lui vaut d'être mise à la porte par sa mère. Après la naissance de Maurice, elle tâte de la carrière de courtisane avec succès !

En 1865, à vingt ans, la voilà au théâtre de l'Odéon. Elle côtoie George Sand et Alexandre Dumas, qui lui confie le premier rôle féminin de Kean (1868), tandis que Nadar d'elle tire son plus célèbre portrait. Tous admirent son timbre étonnant et un art de la pose unique. Elle sait surtout vivre totalement ses rôles.

Après la chute de Napoléon III, Victor Hugo, de retour d'exil, lui donne le rôle de la Reine dans Ruy Blas. Elle devient « l'Élue du public » et acquiert bientôt un succès international.

Après s’être fait connaitre au Théâtre de l’Odéon, Sarah Bernhardt retourne jouer quelques années à la Comédie-Française et brille dans Phèdre (Racine) puis Hernani (Victor Hugo). En 1880, elle démissionne et crée sa propre compagnie, partant se produire à Londres, à Copenhague, aux États-Unis et en Russie. Elle n’hésite pas à interpréter des rôles d’hommes. Partout, elle rencontre le succès et l’enthousiasme du public. Elle est surnommée « La Voix d’or », « la Divine », « la Scandaleuse » ; Cocteau invente pour elle l’expression de « monstre sacré ».

À partir de 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance puis du théâtre des Nations qu’elle renomme théâtre Sarah-Bernhardt. Elle écrit elle-même quelques pièces.

En 1900, Sarah devient actrice de cinéma en jouant dans le film Le Duel d’Hamlet. Elle tournera dans d’autres films, dont deux autobiographiques.

En 1914, Sarah Bernhardt reçoit la Légion d’honneur. En 1915, à 70 ans, elle est amputée de la jambe droite (en raison d’une tuberculose osseuse) mais continue à se produire assise et rend visite aux soldats, au front, en chaise à porteurs.

Elle meurt dans les bras de son fils Maurice le 26 mars 1923, laissant derrière elle la légende d’une actrice à la « Voix d’Or », du « monstre sacré » parcourant les 5 continents
Sa biographie, ma double vie de Sarah Bernhard est disponible sur ;
https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/sarah-bernhardt-ma-double-vie-memoires.html

https://www.youtube.com/watch?v=0mfYYwkSaVw

Sources ;
https://awarewomenartists.com/artiste/sarah-bernhardt/
https://www.herodote.net/La_Divine_indomptable-synthese-1964.php
https://histoireparlesfemmes.com/2012/12/11/sarah-bernhardt-le-monstre-sacre/

mardi 14 avril 2026

Le Miroir de la Divinité



La poésie doit être le miroir terrestre de la Divinité,
et réfléchir, par les couleurs, les sons et les rythmes,
toutes les beautés de l’univers

Madame De Staël

jeudi 2 avril 2026

Ma Poésie


Il est dans le Midi des fleurs d'un rose pâle
Dont le soleil d'hiver couronne l'amandier ;
On dirait des flocons de neige virginale
Rougis par les rayons d'un soleil printanier. 

Mais pour flétrir les fleurs qui forment ce beau voile,
Si la rosée est froide, il suffit d'une nuit ;
L'arbre alors de son front voit tomber chaque étoile,
Et quand vient le printemps il n'a pas un seul fruit. 

Ainsi mourront les chants qu'abandonne ma lyre
Au monde indifférent qui va les oublier ;
Heureuse, si parfois une âme triste aspire
Le parfum passager de ces fleurs d'amandier. 

Louise Colet
Recueil : Fleurs du midi (1836)


Louise Colet. (1810-1876)

Poétesse et femme de lettres française du XIXe siècle

Louise Colet, née Louise Révoil le 15 septembre 1810 à Aix-en-Provence et morte le 8 mars 1876 à Paris

Poétesse talentueuse, elle est la première femme à recevoir le prix de poésie de l'Académie française (1839), distinction qu'elle obtient quatre fois au total. Son œuvre, marquée par le romantisme, comprend des recueils de poésie (Ce qui est dans le cœur des femmes), des romans et des récits de voyage.

Elle fut la maîtresse du philosophe Victor Cousin, puis de Gustave Flaubert (1846-1855), entretenant avec ce dernier une correspondance célèbre. Elle a également fréquenté Musset et Vigny.

Proche des fouriéristes, elle s'engage pour la république et le féminisme. Elle est pionnière dans l'« autofiction » avec des œuvres comme Lui (1860), souvent perçues comme des règlements de comptes avec Flaubert.

Elle a lutté pour son indépendance littéraire malgré une réputation souvent caricaturée et une fin de vie dans la précarité. Louise Colet a souvent souffert de la misogynie de son époque, ses œuvres étant éclipsées par sa vie sentimentale

mercredi 4 mars 2026

Halo de Lune


"C'est sous un halo de lune, que j'ai épousé la littérature"

"La nuit est une alliée,
Elle arrive à faire de vos pensées noires,
Des nuits blanches."

~ Josiane Coeijmans ~

jeudi 19 février 2026

Adieux

 A M. Edgard Tinel

Au Chrétien



Encore un mot avant de t'en aller
Et puis au loin, tu peux laisser voler
                              Mon souvenir.

Oh ! Tu fais bien mon frère,
De consacrer ta harpe noble et fière,
Au Dieu puissant qui, d'un souffle divin,
Fit l'univers et l'humble genre humain
Au créateur, à l'immortel génie
Qui te donna le talent et la vie
Oh ! Tu fais bien d'aimer ce Dieu d'amour
De lui payer d'un généreux retour
L'immense don qu'il fit à ta jeune âme
De lui vouer cette divine flamme
Qui brûle en toi : l'amour de l'art.

                                                Chrétien !
Oh ! Laisse-moi te redire : C'est Dieu  ! 
                                       
                                     A l'artiste.
Et puis permets que je répète encore
Combien est beau ton jeu mâle et sonore ;
Combien sont pures, combien sont enivrants
Tes doux accords et tes suaves chants !
Combien surtout j'aime tes mélodies,
Echos touchants de ton cœur, voix chéries
Qui chantent Dieu, qui font songer au ciel,
Qui font goûter l'ambroisie et le miel
Oh ! Laisse encore de ton âme rêveuse
Sortir souvent cette voix amoureuse !
Artiste aimé, chante ! ton luth est d'or ;
Echo céleste, oh ! sonne et vibre encor !

                                            A l'ami !
Et maintenant que bien loin ta nacelle
Va fuir, hélas ! me laissant après elle,
Emporte au moins à cette heure d'adieu
Un souvenir, une fleur de ce lieu !
Qui sait, ami, si nous verrons encore
D'un gai retour briller la douce aurore ?
Qui sait si Dieu nous la ménagera
Et jusqu'à quand l'absence durera ?
Au moins parfois songe à l'humble poète
Qui gardera dans son âme discrète,
Près de l'ennui cette suave fleur :
Le souvenir d'un moment de bonheur.

Emma Coeckelbergh


1851 - 1921

Emma Coeckelbergh aussi connue sous le nom d’Emma Tinel, est une poétesse belge et l'épouse du pianiste et compositeur Edgar Tinel.

Coeckelbergh est née le 22 septembre 1851 à Anvers. Elle est le deuxième enfant de la famille de Franciscus Julianus Coeckelbergh et Maria Ludovica Paridaens. Le père était un commis itinérant de Puurs. D'Anvers, la famille a déménagé à Sint-Niklaas en 1871. Là, ses parents dirigeaient une usine textile. En 1878, la famille emménage à Temse, où le père est décède1879.

Âgée d'une vingtaine d'années, Coeckelbergh entra en contact avec Evariste Carrance, docteur en droit et poète français, né à Bordeaux, d'origine portugaise, il a été l'initiateur du « Concours poétiques à Bordeaux » et a laissé environ 100 œuvres : comédies, poésie, romans et chansons maçonniques. Ils correspondent et il y a un respect mutuel.

Ses poèmes montrent que Coeckelbergh était une jeune femme très sensible, romantique, mélancolique avec beaucoup d'empathie envers ses proches. Elle sympathise avec une orpheline (Console-toi), avec ses amis, avec sa sœur et son frère, avec les malades, réconforte les survivants (Petite sœur dormait, A la mémoire de mademoiselle Marie Lenaers ...). Elle s'est également inspirée du christianisme (Enfants, Priez ! La Religion et l'Amitié, A ma Reine ...). Dans de nombreux poèmes, elle décrit la nature qui l'entoure (Les Orages, Les Nids d'Oiseaux, Charmante Rose, Comme les Hirondelles ...).

En mai 1877, le recueil « Sentiers Perdus » fut publié avec préface d'Alphonse Le Roy, professeur à l'université de Liège et président de l'Académie royale de Belgique, chez Typographie de de Mlle M. Weissenhruch, Imprimeur du Roi, 45, Rue du Poinçon, 45, Bruxelles. 144 p.

Le recueil est dédié à Henri Conscience et comprend le poème "À Ma mère morte" (p. 7) avec lequel Coeckelbergh remporta une médaille de bronze au 16e "Concours poétiques de Bordeaux" le 15 juin 1876, ainsi que le poème "Dieu" avec lequel elle reçut une mention "très honorable" 17e en 1876 concours poétique.



Le musée Edgar Tinel possède un cahier (VAR015) contenant des poèmes et des morceaux de prose de Coeckelbergh, qui ont été publiés dans les journaux. Cela montre qu'elle a également écrit sous les pseudonymes « Manuel » et « SL ». Ce cahier contient également des poèmes manuscrits avec les ratures qui s'imposent.

Edgar Tinel avait vu le recueil de poèmes « Heures perdues » chez un ami et était si enthousiaste qu'il a mis en musique un certain nombre de poèmes. Ce sera son opus 5: « Quatre mélodies pour chant avec accompagnement de piano ». Pour les publier, il a demandé la permission du poète par lettre.

Coeckelbergh accepta et écrivit à Tinel que son nouveau recueil « Les Épines » sera publiée en 1875. Ils ont continué à s'envoyer des lettres et Edgar Tinel l'a invitée à un concert organisé par la municipalité de Sinaai. Il lui a envoyé les invitations à la maison et c'est ainsi qu'ils se sont rencontrés. Après le concert, Edgar Tinel a noté dans son journal : "J'ai trouvé la fiancée de mes aspirations, de mes rêves ; j'ai trouvé mon Emma!"

Après deux ans de fiançailles, ils se marient le 1er septembre 1877 et s'installent à Bruxelles. Emma Coeckelbergh et Edgar Tinel ont eu six fils. Après la mort d'Edgar Tinel (28 octobre 1912), Emma est restée avec ses fils Antoine et Paul. Le fils aîné Jef fut ordonné prêtre en 1903 et curé à la paroisse Notre Dame de Bon Secours à Bruxelles. Il est décédé 3 mois après Edgar le 18 janvier 1913 de tuberculose. Son fils Jan fut admis dans un « Sanatorium pour neurasthéniques » le 16 juin 1912, dont il fut libéré le 16 octobre 1912. Il devint médecin militaire pendant la première guerre mondiale. Il mourut à Geel le 26/11/1942. Nous ne savons pas grand-chose sur Franz, il n'était probablement plus chez Emma en 1912. Guido se maria le 11 juin 1912 et partit au Congo belge pour y occuper un poste de magistrat. Il y devint procureur général.

En décembre 1907, Emma Coeckelbergh était gravement malade, mais elle s'est rétablie. Elle est décédée à Ixelles, le 17 février 1921 à l'âge de 69 ans.

Source : Wikipédia

lundi 9 février 2026

Poésie Bouleversante





Si la poésie n'a pas bouleversé notre vie, c'est qu'elle ne nous est rien.
Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe ;
autrement, nous n'en avons connu que l'imposture.

Andrée Chédid, Terre et poésie

samedi 27 décembre 2025

L'imagination et le Bonheur


Fable Allégorique.




L’Imagination, amante du Bonheur,
Sans cesse le désire et sans cesse l’appelle ;
Mais sur elle il exerce une extrême rigueur,
Et, fait pour ses désirs, il est peu fait pour elle.
Dans sa tendre jeunesse elle alla le chercher
Jusque dans l’amoureux empire ;
Mais lorsque du Bonheur elle crut approcher,
Le Soupçon, le jaloux Martyre,
La Délicatesse encor pire,
Soudain à ses transports le vinrent arracher.
Dans un âge plus mûr, du même objet charmée,
Au palais de l’Ambition
Elle crut satisfaire encor sa passion ;
Mais elle n’y trouva qu’une ombre, une fumée,
Fantôme du bonheur et pure illusion.
Enfin, dans le pays qu’habite la Richesse,
Séjour agréable et charmant,

Elle va demander son fugitif amant ;
Elle y vit l’Abondance, elle y vit la Mollesse,
Avec le Plaisir enchanteur ;
Il n’y manquoit que le Bonheur.
La voilà donc encor qui cherche et se promène.
Lasse des grands chemins, elle trouve à l’écart
Un sentier peu battu qu’on découvroit à peine.
Une beauté simple et sans art
Du lieu presque désert étoit la souveraine ;
C’étoit la Piété. Là, notre amante en pleurs
Lui raconta son aventure :
Il ne tiendra qu’à vous de finir vos malheurs ;
Vous verrez le Bonheur, c’est moi qui vous l’assure,
Lui dit la fille sainte ; il faut, pour l’attirer,
Demeurer avec moi, s’il se peut, sans l’attendre,
Sans le chercher, au moins, sans trop le désirer :
Il arrive aussitôt qu’on cesse d’y prétendre,
Ou que, dans sa recherche, on sait se modérer.
L’Imagination à l’avis sut se rendre :
Le Bonheur vint sans différer.

Catherine Bernard

1663 - 1712

Date/Lieu de naissance : 24 août 1663, Rouen, France
Date de décès : 6 septembre 1712, Paris, France

Catherine Bernard, dite Mademoiselle Bernard, née à Rouen le 24 août 1663 et morte à Paris le 6 septembre 1712, est une poétesse, romancière et dramaturge française. Elle est la première femme à composer une tragédie jouée à la Comédie-Française.

Elle est la première femme à composer une tragédie jouée à la Comédie Française (plusieurs autrices furent jouées au Théâtre Français ou à l'Hôtel de Bourgogne, avant la réunion des théâtres sous l'appellation de Comédie-Française, et Mlle Pitel de Longchamps y donna en 1687 une farce intitulée Le Voleur ou Titapapouf). Elle s'inscrit dans la seconde vague du courant littéraire de la Précosité, aux côtés de Mlle L'Héritier ou de Mme d'Aulnoy ses contemporaines.

L'œuvre de Catherine Bernard a été abondamment plagiée mais aussi volontairement oubliée, au point que des chercheurs ont pu parler à son sujet d''effacement, un traitement d'ailleurs infligé à d'autres autrices.

Née dans une famille protestante, elle s'installe à Paris avant l’âge de dix-sept ans. On a prétendu, notamment Voltaire dans le contexte du plagiat de son œuvre et alors qu'il n'en existe aucune preuve, qu'elle était proche de l'écrivain Fontenelle et du dramaturge Jacques Pradon. Elle publie son premier roman en 1680. Elle se convertit au catholicisme avant 1685, date de la révocation de l'édit de Nantes. C'est aussi la date de la rupture avec sa famille protestante. Dès lors Catherine Bernard vit de sa plume et se consacre entièrement à l'écriture. Elle compose deux tragédies, Laodamie et Brustus, qui sont représentées à la Comédie-Française, en 1689 et en 1691, qui représentent les meilleurs succès théâtraux de la fin du siècle.

Elle est couronnée par l’Académie française en 1691, 1693 et 1697 et obtient trois prix aux Jeux floraux de Toulouse. À partir de 1691, le roi Louis XIV lui fait verser une pension annuelle de 200 écus. Elle fréquente le salon de Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, nièce de Charles Perrault. Avec Riquet à la houppe et Le Prince rosier, elle est l'une des premières à créer des contes de fées, participant ainsi au renouvellement de ce genre littéraire. En 1699, elle fait partie de l’Académie des Ricovrati de Padoue, sous le nom de Calliope, l'Invincible. Elle cesse ensuite d'écrire pour le théâtre, sans doute à la demande de Madame de Pontchartrain, sa mécène. Elle abandonne toute activité publique. Elle continue cependant d'écrire des vers qu'elle ne publie pas.

Elle meurt dans la pauvreté en 1712. Selon son testament, elle lègue ses biens à son domestique.

"Défendre d'aimer à une jeune et jolie personne,
ce serait défendre à un arbre de porter des feuilles au mois de mai"

Source : Wikipédia

mercredi 10 décembre 2025

Vivre en Poésie





«Vivre en poésie, ce n'est pas renoncer ;
c'est se garder à la lisière de l'apparent et du réel,
sachant qu'on ne pourra jamais réconcilier,
ni circonscrire.»

Andrée Chédid, Terre et poésie

dimanche 23 novembre 2025

Une Goutte de Poésie



Un matin, le bruit du pot d'eau qui éclate dans la tête
fait germer une goutte de poésie
Réveille l'âme et lui confère sa beauté.

C'est le moment de dire l’indicible.
Un matin, on prend le temps de se regarder vivre.

Neige (1999) de Maxence Fermine, écrivain français

mercredi 12 novembre 2025

La Mort et la Vie

 


Si la mort est le but, pourquoi donc sur les routes
Est-il dans les buissons de si charmantes fleurs ?
Et lorsqu'au vent d'automne elles s'envolent toutes,
Pourquoi les voir partir d'un œil momifié de pleurs ?

Si la vie est le but, pourquoi donc sur les routes
Tant de pierres dans l'herbe et d'épines aux fleurs,
Que, pendant le voyage, hélas ! nous devons toutes
Tacher de notre sang et mouiller de nos pleurs ?

Louise Bertin


1805-1877

Louise-Angélique Bertin, dite Louise Bertin née le 15 janvier 1805 à Roches (hameau de Bièvres dans l’Essonne) et morte le 26 avril 1877 à Paris est une poétesse et compositrice française.

Infirme suite à une poliomyélite qui lui interdit toute activité physique (elle se déplace avec des béquilles), Louise Bertin trouvera un épanouissement salutaire dans les arts. Sans doute plus chanceuse que nombre d’autres jeunes femmes de son époque, elle est la fille de Louis-François Bertin (directeur du Journal des débats, très engagé politiquement et artistiquement) et de Geneviève-Aimée-Victoire Boutard (pianiste émérite), qui s’assureront l’un et l’autre de l’éducation artistique de leur fille – qui se consacre notamment à la peinture, à la poésie, mais aussi à la musique.

La jeune Louise Bertin évolue donc dans un milieu artistique (elle côtoie notamment Hector Berlioz, feuilletoniste pour le Journal des débats et proche de la famille Bertin), et suit les cours de chant et de composition de François-Joseph Fétis et d’Antoine Reicha.

Louise Bertin signe ainsi plusieurs œuvres musicales, incluant quatre opéras composés avec ou d'après les figures littéraires de l’époque et qui seront donnés dans les principales maisons lyriques parisiennes du XIXe siècle.

Ainsi, si Guy Mannering ne connaitra qu’une création privée en 1825, Le Loup-garou (opéra-comique sur des paroles d'Eugène Scribe) qui sera créé en 1827 à l’Opéra-Comique, Fausto qui puise son inspiration chez Goethe suivra en 1831 au Théâtre-Italien de Paris et La Esmeralda (sur un livret de Victor Hugo qui adapte Notre Dame de Paris) fera l’objet d’une création houleuse en 1836 avec Cornélie Falcon dans le rôle-titre à l’Académie royale de musique (l’Opéra de Paris). L’ouvrage est vilipendé par un public et une critique qui ciblent néanmoins davantage les engagements politiques de Louis-François Bertin et de Victor Hugo que la musique de la compositrice – dans ses mémoires, Berlioz (qui assurait les répétitions et la mise en scène de l’ouvrage) fait état « des sifflets, des cris, des huées, dont on n’avait encore jamais vu d’exemple » adressé à l’opéra, considérant néanmoins que « le seul tort (de la compositrice) était d’appartenir à la famille des directeurs d’un journal puissant, dont un certain public détestait alors la tendance politique ».

Le compositeur estime cependant que « l’opéra survole largement les productions lyriques de l’époque », mais la seconde représentation de La Esmeralda dû être interrompue avant son terme. L’opéra ne sera joué qu’à six reprises avant d’être retiré de l’affiche et Louise Bertin renonce alors à composer pour la scène.

Le répertoire de Louise Bertin est néanmoins redécouvert, notamment au XXIe siècle à l’initiative du Palazzetto Bru Zane. Fausto sera notamment donné au Théâtre des Champs-Elysées en 2023 avec Karine Deshayes et Karine Gauvin. La Esmeralda est également redécouverte en 2008 à Montpellier où l’ouvrage fait l’objet d’un enregistrement avec Maya Boog dans le rôle-titre, avant d’être donné de nouveau en 2024 au Théâtre des Bouffes du Nord, à l’Opéra de Saint Etienne et à l’Opéra Grand Avignon.


mercredi 29 octobre 2025

Charmante Lyre

 



Charmante lyre,
Où l'amitié grava mon nom,
Dieux ! Quel transport divin m'inspire !
Oui, tu m'apportes d'Apollon
L'heureux délire.

Divine lyre,
Couronne-toi d'un myrte heureux.
Du dieu des vers je sens l'empire,
Et des muses, des ris, des jeux
L'heureux délire.

Brillante lyre,
Fille aimable du dieu du jour,
Vénus à mes chants va sourire ;
Je vais moduler de l'amour
Tendre délire.

Aimable lyre,
D'Anacréon peins-nous les jeux :
Sous mes doigts frémis et soupire ;
Rends-nous de ses vers amoureux
L'heureux délire.

Viens, ô ma lyre,
Pindare nous enlève aux cieux ;
Il tonne, il éclate, il m'inspire,
Dans ses transports audacieux
Fougueux délire.

Brûlante lyre,
De Sapho conserve les pleurs ;
Peins-nous ses feux et son martyre,
Porte avec eux dans tous les cœurs
Brûlant délire.

Ma voix expire :
Quel froid vient glacer mon esprit ?
De mes doigts s'échappe ma lyre ;
J'entends la raison qui me dit :
Point de délire.

Que son empire
A la folie accorde un jour ;
Reviens, reviens, volage lyre ;
Nous allons la mettre à son tour
Dans le délire.

Joyeuse lyre,
Noyons-la dans ce jus divin.
Que Bacchus un moment t'inspire ;
Prenons, avec la coupe en main,
Joyeux délire.

Victoire Babois (1760-1839)

Recueil : Élégies et poésies diverses (1828).

Crédit : Art Gabriel Charles Dante Rossetti (12 May 1828 – 9 April 1882)
peintre, poète, traducteur et écrivain britannique.



Nationalité : France
Né(e) à : Versailles, le 06 octobre 1760

Mort(e) à : Paris, le 18 mars 1839

Marguerite Victoire Babois, née le 6 octobre 1760 à Versailles et décédée le 18 mars 1839 à Paris, est une femme de lettres française, auteure d'élégies et autres poésies qui ont placé son nom au premier rang des poètes élégiaques français.

Victoire Babois est issue d'une famille bourgeoise et commerçante, nièce du poète Jean-François Ducis. Elle se lie au peintre et miniaturiste Jean-Jacques Karpff.

Elle commence à publier à l'âge de trente ans, poussée par son oncle Ducis : elle fait paraître ses premières élégies en recueil en 1804-1805, dont "Élégie sur la mort de sa fille âgée de cinq ans" en hommage à sa fille décédée. Ces élégies connaissent le succès et plusieurs rééditions.

Elle contribue au romantisme tout en critiquant les poèmes qui lui paraissent artificiels. Sa renommée est importante au XIXème siècle et elle inspire Marceline-Desbordes Valmore, Lamartine, Victor Hugo, et entretient une correspondance avec de nombreux artistes.

Elle meurt avant d'avoir pu mener à terme un projet de pièce de théâtre.

Sources : Wikipédia - Babelio


vendredi 17 octobre 2025

La Poésie, Miroir



 «La poésie doit être le miroir terrestre de la Divinité,
et réfléchir, par les couleurs, les sons et les rythmes,
toutes les beautés de l’univers.»

Madame De Staël, De l’Allemagne (1810)
Romancière, épistolière et philosophe ...

mercredi 17 septembre 2025

Sonnet Gabrielle de Coignard



Les jours me sont si doux en ce beau lieu champêtre,
Voyant d’un fer tranchant fendre le long guéret,
Et enterrer le blé jaunissant, pur, et net.
Puis le voir tôt après tout verdoyant renaître.

Mon Dieu le grand plaisir de voir sur l’herbe paître.
La frisée brebis portant son agnelet.
Et le cornu bélier qui marche tout seulet,
Au-devant du troupeau, comme patron et maître.

L’air est délicieux sans pluies, ni chaleurs,
Un petit vent mollet fait ondoyer les fleurs.
Les bois portent encor leur superbe couronne.

L’on n’oit point la rumeur d’un vulgaire babil,
Sinon des oiselets le ramage gentil :
Loué soit l’éternel qui tous ces biens nous donne.

Gabrielle de Coignard


(1550-1586)

Gabrielle de Coignard naît à Toulouse en 1550, elle est la fille de Jean de Coignard et Louise de Baulac.   Elle épouse en 1570 un magistrat de Toulouse, Pierre de Mansencal, qui décède trois ans plus tard en la laissant inconsolable. Refusant de se remarier, elle consacre le reste de sa vie à l'éducation de ses deux filles Jeanne et Catherine, et à l'écriture de poésie d'inspiration religieuse et biblique.

Elle meurt en 1586. Quatre ans après, ses filles publient ses poèmes, qui comprennent environ 250 sonnets ainsi qu'un long poème sur la vie de l'héroïne biblique Judith, intitulé Imitation de la victoire de Judith. L'ensemble est regroupé sous le titre Œuvres chrétiennes.

jeudi 21 août 2025

J'ai besoin de Poésie





Je n'ai pas besoin d'argent.
J'ai besoin de sentiments, de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées, de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres, de chansons qui fassent danser les statues,
d'étoiles qui murmurent à l'oreille des amants.

J'ai besoin de poésie, cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles.

- Alda Merini -
Artiste, écrivaine, Poétesse, Romancière (1931 - 2009)

Crédit Photo : Tetyana Erhart

jeudi 19 juin 2025

Seigneur, change ma guerre en ta paix

 


Seigneur, change ma guerre en ta paix éternelle,
Échauffe les glaçons de mon cœur endurci,
Et fais qu'à l'avenir je n'aie autre souci
Qu'à suivre le sentier où ta bonté m'appelle.

Dompte les passions de mon âme rebelle
Et lave mon esprit de péché tout noirci,
Dispense ta lumière à mon œil obscurci
Et m'apprends les secrets qu'aux élus tu révèles.

Sur toi tant seulement mon espoir j'ai fondé.
Si grande est mon erreur, plus grande est ta bonté
Qui ne laisse jamais celui qui te réclame.

Purge donc mon esprit et le retire à toi,
Lui donnant pour voler les ailes de la foi,
Sans que l'abus du monde arrête plus mon âme.

Madeleine de l'Aubespine
13.05.1546-17.05.1596



Madeleine de L'Aubépine, dame de Villeroy, née le 21 mai 1546 à Paris et morte le 17 mai 1596 à Mennecy, est une poète et traductrice française.

Très proche de la Cour, elle épouse à l'âge de 16 ans en 1562 Nicolas IV de Neufville de Villeroy, fils d'un collègue de son père, lui-même âgé de 19 ans. Il travaille au service de Catherine de Médicis. Puis, il devient secrétaire d'Etat au décès du père de son épouse à 24 ans, puis ministre de Henri III.

Madeleine est une amie et dame d'honneur de Catherine de Medici.
Son epoux Nicolas IV de Villeroy aide Catherine de Medicis (la veuve du roi Henri II)
mère des trois rois suivants, François II, Charles IX et Henri III encore trop jeunes pour gouverner le pays.

Madeleine de l'Aubespine est une salonnière du 16ème siècle.
Elle tint un salon littéraire qui vit défiler Pierre de Ronsard et Remy Belleau, Marie Le Gendre, Marie de Gournay et d'autres poètes de la Pléiade. Elle fut l'amie et la muse de Philippe Desportes.

Elle écrit des poèmes très fantaisistes et imaginatifs comme L'on verra s'arrêter le mobile du monde ; restés très longtemps manuscrits, ils ne sont réellement publiés qu'en 1926 par Roger Sorg.

Son salon suit celui de Antoinette de Loynes (1505-1567).

Madeleine de l'Aubespine décède en 1596. Elle est enterrée aux côtés de son mari Nicolas IV de Villeroy et son beau père Nicolas III de Villeroy à l'église Notre Dame de la Nativité Magny en Vexin (à mi-chemin entre Rouen et Paris). L'église a été construite vers 1490 par Pierre Le Gendre (oncle de Nicolas III de Villeroy).

Source : Cremeriedeparis.com

mercredi 28 mai 2025

Ma Poésie

 



Ne vous inquiétez pas.
Rien ne me distrait de ma poésie.
Elle est toujours là, dans ma tête.


Angela Truth,
Angela Huth, née le 29 août 1938 à Londres, est une écrivaine et journaliste britannique.

jeudi 8 mai 2025

Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde


 

Anges, Trônes et Dominations,
Principautés, Archanges, Chérubins,
Inclinez-vous aux basses régions
Avec Vertus, Potestés, Séraphins,
Transvolitez des hauts cieux cristallins
Pour décorer la triomphante entrée
Et la très digne naissance adorée,
Le saint concept par mystères très hauts
De cette Vierge où toute grâce abonde,
Décrétée par dits impériaux
La plus belle qui jamais fut au monde.

Faites sermons et prédications,
Carmes dévots, Cordeliers, Augustins ;
Du saint concept portez relations,
Caldeyens, Hébreux et Latins ;
Roumains, chantez sur les monts palatins
Que Jouachim Sainte Anne a rencontrée,
Et que par eux nous est administrée
Cette Vierge sans amours conjugaux
Que Dieu créa de plaisance féconde,
Sans point sentir vices originaux,
La plus belle qui jamais fut au monde.

Ses honnêtes belles réceptions
D'âme et de corps aux beaux lieux intestins
Ont transcendé toutes conceptions
Personnelles, par mystères divins.
Car pour nourrir Jésus de ses doux seins
Dieu l'a toujours sans macule montrée,
La déclarant par droit et loi outrée :
Toute belle pour le tout beau des beaux,
Toute claire, nette, pudique et monde,
Toute pure par-dessus tous vaisseaux,
La plus belle qui jamais fut au monde.

Muses, venez en jubilations
Et transmigrez vos ruisseaux cristallins,
Viens, Aurora, par lucidations,
En précursant les beaux jours matutins ;
Viens, Orphéus, sonner harpe et Clarins,
Viens, Amphion, de la belle contrée,
Viens, Musique, plaisamment acoustrée,
Viens, Royne Hester, parée de joyaux,
Venez, Judith, Rachel et Florimonde,
Accompagnez par honneurs spéciaux
La plus belle qui jamais fut au monde.

Très doux zéphyrs, par sibilations
Semez partout roses et romarins,
Nymphes, laissez vos inondations,
Lieux stigieulx et charybdes marins ;
Sonnez des cors, violes, tabourins ;
Que ma maitresse, la Vierge honorée
Soit de chacun en tous lieux décorée
Viens, Apollo, jouer des chalumeaux,
Sonne, Panna, si haut que tout redonde,
Collaudez tous en termes généraux
La plus belle qui jamais fut au monde.

Esprits dévots, fidèles et loyaux,
En paradis beaux manoirs et Chasteaux,
Au plaisir Dieu, la Vierge pour nous fonde
Ou la verrez en ses palais royaux,
La plus belle qui jamais fut au monde.

Catherine d'Amboise (1481-1549)





Catherine d'Amboise, née en 1481 et morte le 1er janvier 1549, est une femme de lettres française, autrice d'œuvres en vers et en prose.

Dernière des six enfants de Charles Ier d’Amboise, seigneur de Chaumont et de Catherine de Chauvigny-Châteauroux-Linières, était la nièce du cardinal Georges d’Amboise, premier ministre de Louis XII.

Elle se maria trois fois.

Catherine d'Amboise, dame de Lignières, prosatrice et poétesse de la première moitié du xvie siècle, reste inconnue du grand public et peu connue du public lettré : seule l'édition de ses textes poétiques a permis de sauver l'écrivain d'un oubli complet, dont une partie des œuvres poétiques est connue grâce un manuscrit conservé à la bibliothèque nationale de France, que l’on peut consulter en ligne : Poésies de Katherine d’Amboyse. Ce manuscrit date de la première moitié du XVIe siècle et regroupe plusieurs poèmes, parmi lesquels le Chant royal ici repris dans une version modernisée. Il s’agit d'un poème faisant l’éloge de la vierge Marie. Catherine d’Amboise achève son éloge en apothéose : toutes les formes et divinités antiques sont invoquées pour célébrer la grandeur de la vierge Marie.

En revanche, ses écrits en prose, demeurés à l’état manuscrit, n’ont jamais fait l’objet de travaux critiques : leur première édition complète, qui constitue l’objet de cette thèse, comblera donc un vide dans le monde des lettres du début du XVI e siècle. Le récent intérêt porté aux textes féminins des siècles passés justifie aussi que l’on se penche sur une œuvre jusqu’ici silencieuse et que l’on rende à Catherine d’Amboise sa voix et un espace. La connaissance de sa personnalité et de son œuvre permettra de déterminer plus justement sa place dans la littérature de son temps et dans la constellation des femmes de lettres en général. 

L’obscurité quasi complète qui enveloppe la jeunesse de Catherine d’Amboise ne se dissipe petit à petit qu’au hasard de quelques dates et apparitions fugaces dans les archives. Ses œuvres éclairent cependant de larges pans de sa vie intérieure, révèlent des aspects autobiographiques cachés, mais surtout nous permettent de décrypter ses préoccupations morales et religieuses, ses intérêts artistiques, littéraires et son goût pour l’écriture et le manuscrit, objet rare et précieux.

Sources ; http://theses.enc.sorbonne.fr/ & Wikipédia

samedi 26 avril 2025

L'urgence



"Entre la pensée et la poésie,
il y a l'urgence du ressenti."

- Kheira Chakor -

Spécialiste de la biochimie, de la toxicologie et de la nutrition


mardi 8 avril 2025

Les Pionnières



Du mythe à la réalité
Ève a bien existé
Doyenne de l’humanité
Pour ses enfants, elle a pleuré

Pour les Grecs, Aphrodite
Vénus pour les Romains
Née d’une mer azulite
Veille de son sacré féminin

Artémise reine de l’ancienne cité
Seule parmi les chefs de guerre
Mène ses troupes avec témérité
Sans peur et tellement fière

Connue pour sa beauté légendaire
Cléopâtre, reine d’Egypte
Entre ses amants et sa mort amère
Laisse une empreinte romantique

Mais que serait l’histoire sans un mythe
Quand la pucelle dite hérétique
Délivrant son pays sous le signe de Dieu
Devint l’icône, brûlée par le feu !

☙⚝❧

2023 ©  Elea Laureen
Tous droits réservés

° Une femme est l'amour, la gloire et l'espérance ;
Aux enfants qu'elle guide, à l'homme consolé,
Elle élève le cœur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre, exilé.°
Gérard de Nerval