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mercredi 16 septembre 2026

Monologue de la Reine dans Ruy Blas de Victor Hugo (acte II, scène 2)



La Reine, seule.

…………….À ses dévotions ? Dis donc à sa pensée !
Où la fuir maintenant ? Seule ! Ils m’ont tous laissée.
Pauvre esprit sans flambeau dans un chemin obscur !

Rêvant
Oh ! Cette main sanglante empreinte sur le mur !
Il s’est donc blessé ? Dieu ! — mais aussi c’est sa faute.
Pourquoi vouloir franchir la muraille si haute ?
Pour m’apporter les fleurs qu’on me refuse ici,
Pour cela, pour si peu, s’aventurer ainsi !
C’est aux pointes de fer qu’il s’est blessé sans doute.
Un morceau de dentelle y pendait. Une goutte
De ce sang répandu pour moi vaut tous mes pleurs.

S’enfonçant dans sa rêverie.
Chaque fois qu’à ce banc je vais chercher les fleurs,
Je promets à mon Dieu, dont l’appui me délaisse,
De n’y plus retourner. J’y retourne sans cesse.

— Mais lui ! Voilà trois jours qu’il n’est pas revenu.
— Blessé ! — qui que tu sois, ô jeune homme inconnu,

Toi qui, me voyant seule et loin de ce qui m’aime,
Sans me rien demander, sans rien espérer même,
Viens à moi, sans compter les périls où tu cours ;
Toi qui verses ton sang, toi qui risques tes jours
Pour donner une fleur à la reine d’Espagne ;
Qui que tu sois, ami dont l’ombre m’accompagne,
Puisque mon cœur subit une inflexible loi,
Sois aimé par ta mère et sois béni par moi !
Vivement et portant la main à son cœur.

— Oh ! Sa lettre me brûle !

Retombant dans sa rêverie.
………………………………Et l’autre ! L’implacable
Don Salluste ! Le sort me protège et m’accable.
En même temps qu’un ange, un spectre affreux me suit ;
Et, sans les voir, je sens s’agiter dans ma nuit,
Pour m’amener peut-être à quelque instant suprême,
Un homme qui me hait près d’un homme qui m’aime.
L’un me sauvera-t-il de l’autre ? Je ne sais.
Hélas ! Mon destin flotte à deux vents opposés.
Que c’est faible, une reine, et que c’est peu de chose !

Prions.
Elle s’agenouille devant la madone.
………………— Secourez— moi, madame ! Car je n’ose
Élever mon regard jusqu’à vous !

Elle s’interrompt.
…………………………………..— ô mon dieu !
La dentelle, la fleur, la lettre, c’est du feu !
Elle met la main dans sa poitrine et en arrache une lettre froissée,
un bouquet desséché de petites fleurs bleues et un morceau de dentelle taché de sang qu’elle jette sur la table ;

puis elle retombe à genoux.
Vierge, astre de la mer ! Vierge, espoir du martyre !
Aidez-moi !

—s’ interrompant.
…………………Cette lettre !
Se tournant à demi vers la table.
………………………………….Elle est là qui m’attire.

S’agenouillant de nouveau.
Je ne veux plus la lire ! — ô reine de douceur !
Vous qu’à tout affligé Jésus donne pour sœur !
Venez, je vous appelle ! 

—Elle se lève, fait quelques pas vers la table, puis s’arrête,
puis enfin se précipite sur la lettre, comme cédant à une attraction irrésistible.
………………………….Oui, je vais la relire
Une dernière fois ! Après, je la déchire !

Avec un sourire triste.
Hélas ! Depuis un mois je dis toujours cela.
Elle déplie la lettre résolument et lit.
« Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là
« Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
« Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ;
« Qui pour vous donnera son âme, s’il le faut ;
« Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. »

Elle pose la lettre sur la table.
Quand l’âme a soif, il faut qu’elle se désaltère,
Fût-ce dans du poison !

Elle remet la lettre et la dentelle dans sa poitrine.
………………………………….Je n’ai rien sur la Terre.
Mais enfin il faut bien que j’aime quelqu’un, moi !
Oh ! S’il avait voulu, j’aurais aimé le roi.
Mais il me laisse ainsi, — seule, — d’amour privée.

La grande porte s’ouvre à deux battants.
Entre un huissier de chambre en grand costume.

L’Huissier, à haute voix.
Une lettre du roi !

La Reine, comme réveillée en sursaut, avec un cri de joie.
Du roi ! Je suis sauvée !

Sarah Bernhard
1844-1923

Sarah Bernhardt, née Henriette Rosine Bernard, le 22 octobre 1844 à Paris et morte le 26 mars 1923 à Paris.

Est une comédienne française très réputée et une grande tragédienne. Elle est la première actrice à avoir fait des tournées sur les 5 continents.

Elle a multiplié les talents artistiques : elle dessine ses tenues, participe à la création de mises en scène, écrit des pièces, essais et romans, sculpte et peint.

Jeune fille, elle a appris le piano et le dessin selon la volonté de sa mère. Elle réalise ses premières œuvres peintes et sculptées dans les années 1860 (Les Champs-Élysées en hiver, Buste de femme) et suit ensuite les enseignements des sculpteurs Mathieu-Meusnier (1824-1896) et Jules Franceschi (1825-1893) dans les années 1870. En peinture, domaine où elle se distingue moins, elle suit les cours d’Alfred Stevens (1823-1906), qui réalise lui-même au moins cinq portraits d’elle, dont un tondo la présentant en train de peindre.

D’abord formée au Conservatoire, à Paris, elle entre une première fois à la Comédie-Française en 1863, et la quitte tout aussi rapidement pour avoir giflé une sociétaire. Qu'importe.

Elle va en Belgique et en revient enceinte du prince Henri Joseph de Ligne ; cela lui vaut d'être mise à la porte par sa mère. Après la naissance de Maurice, elle tâte de la carrière de courtisane avec succès !

En 1865, à vingt ans, la voilà au théâtre de l'Odéon. Elle côtoie George Sand et Alexandre Dumas, qui lui confie le premier rôle féminin de Kean (1868), tandis que Nadar d'elle tire son plus célèbre portrait. Tous admirent son timbre étonnant et un art de la pose unique. Elle sait surtout vivre totalement ses rôles.

Après la chute de Napoléon III, Victor Hugo, de retour d'exil, lui donne le rôle de la Reine dans Ruy Blas. Elle devient « l'Élue du public » et acquiert bientôt un succès international.

Après s’être fait connaitre au Théâtre de l’Odéon, Sarah Bernhardt retourne jouer quelques années à la Comédie-Française et brille dans Phèdre (Racine) puis Hernani (Victor Hugo). En 1880, elle démissionne et crée sa propre compagnie, partant se produire à Londres, à Copenhague, aux États-Unis et en Russie. Elle n’hésite pas à interpréter des rôles d’hommes. Partout, elle rencontre le succès et l’enthousiasme du public. Elle est surnommée « La Voix d’or », « la Divine », « la Scandaleuse » ; Cocteau invente pour elle l’expression de « monstre sacré ».

À partir de 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance puis du théâtre des Nations qu’elle renomme théâtre Sarah-Bernhardt. Elle écrit elle-même quelques pièces.

En 1900, Sarah devient actrice de cinéma en jouant dans le film Le Duel d’Hamlet. Elle tournera dans d’autres films, dont deux autobiographiques.

En 1914, Sarah Bernhardt reçoit la Légion d’honneur. En 1915, à 70 ans, elle est amputée de la jambe droite (en raison d’une tuberculose osseuse) mais continue à se produire assise et rend visite aux soldats, au front, en chaise à porteurs.

Elle meurt dans les bras de son fils Maurice le 26 mars 1923, laissant derrière elle la légende d’une actrice à la « Voix d’Or », du « monstre sacré » parcourant les 5 continents
Sa biographie, ma double vie de Sarah Bernhard est disponible sur ;
https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/sarah-bernhardt-ma-double-vie-memoires.html

https://www.youtube.com/watch?v=0mfYYwkSaVw

Sources ;
https://awarewomenartists.com/artiste/sarah-bernhardt/
https://www.herodote.net/La_Divine_indomptable-synthese-1964.php
https://histoireparlesfemmes.com/2012/12/11/sarah-bernhardt-le-monstre-sacre/

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